La dernière tétée

C’était il y’a déjà plus d’un an, mais je m’en souviens comme si c’était hier… J’ai encore la gorge nouée et le coeur serré en repensant à cet arrêt non désiré. Il serait temps de tourner la page et de passer à autre chose, enfin j’y suis presque, je crois…

Ce matin-là, je devais me rendre à une formation professionnelle à plus de 100 km de la maison. Je suis donc venue te réveiller tôt pour te donner la tétée avant de partir. Les tétées où tu es à moitié endormi sont celles que je préfère. Rien que tous les deux, dans le calme, tu te délectes de mon lait pendant que je t’admire dans l’obscurité. J’aimerais que cet instant dur éternellement… mais il est déjà l’heure que je parte. Je suis confiante, car je sais que ton papa va bien s’occuper de toi durant mon absence. Je t’embrasse une dernière fois… à demain mon coeur…

C’était la première fois, que je me séparais de mon bébé aussi longtemps. La première fois en 15 mois. Je n’avais jamais ressenti ce besoin d’être loin de lui auparavant. Nous sommes si fusionnels et ce depuis sa naissance.

La séparation s’est passée bien mieux que je l’avais imaginé. J’avais beaucoup d’appréhension surtout pour la nuit, car bébé demandait à téter au moins 3-4 fois en moyenne. De mon côté, j’ai veillé à bien tirer mon lait pour que ça n’est pas d’impact sur ma lactation. J’avais qu’une hâte, retrouver mon bébé et lui donner le meilleur de moi-même ❤

A mon retour, je t’ai serré fort contre moi. J’étais fière de voir qu’au final, je n’étais pas si indispensable dans ton quotidien. Puis tout à basculer… Nous étions en période de crise avec ton papa, lui ne comprenait pas pourquoi j’apportais autant d’importance à notre allaitement ainsi que mon souhait de continuer encore. Pour lui, allaiter au-delà d’un an n’était plus un besoin vital pour toi. Il a alors profité de mon absence pour créer un électrochoc, pour que je me rends compte que tu pouvais te passer de mon lait, que tu n’étais plus un bébé. Mais il avait surtout besoin de retrouver sa place, que ce soit en tant que père et en encore plus en tant que mari.

Ce jour là, pour sauver notre couple, j’ai dû faire le difficile choix de ne plus jamais t’allaiter. 

Je n’étais pas prête, j’étais complément anéantie ! J’ai pleuré, beaucoup, énormément, de  jour comme de nuit… Et même un an après, il m’arrive encore de verser quelques larmes en y repensant. Je suis à la fois triste et en colère. Triste de ne pas avoir eu le choix. Triste d’avoir dû sevrer mon fils du jour au lendemain. J’avais mal au coeur à chaque fois que mon bébé manifestait l’envie de téter, mais je n’ai jamais cédé… C’était vraiment difficile, plus pour moi que pour lui je l’avoue. J’ai ressenti aussi beaucoup de colère, surtout envers moi-même ! Je m’en veux de ne pas avoir lâché prise avant. Je m’en veux d’avoir mis de côté celui qui fait battre mon coeur depuis plus de 10 ans, de ne pas avoir réagis avant… Alors, il m’arrive encore de refaire le monde avec des si… Si j’aurais fait comme ça, et si, et si… 

(La réaction du papa peut paraître brutal, égoïste et j’en passe, mais vous ne pouvez pas juger sans savoir. Il vivait mal cette situation, car nous passions que très peu de temps ensemble. Il me voyait aussi extrêmement fatiguée et parfois au bout du rouleau. Lui aussi avait besoin de moi… Et même si j’ai eu beaucoup de peine, je ne lui en veux pas. C’est un homme merveilleux qui aime sa femme et ses enfants plus que tout. Il ne mérite pas d’être jugé ainsi et je n’accepte pas qu’il le soit !!)

Mais tout est bel et bien terminé. Je suis quand même très fière d’avoir allaité mon bébé durant 15 mois sans encombre. On m’a souvent reproché de trop le couver, d’être trop attentive à ses besoins, d’être trop tout simplement. Mais je ne sais pas faire autrement, telle une maman louve, je ressens un besoin intense d’être au plus près de mes enfants, de tout donner pour eux. Pour mes premiers, j’ai bien souvent trop écouté les autres et je m’en veux encore aujourd’hui. A présent, je suis mon instinct et j’élève mes fils comme je l’entends malgré les désaccords qu’il peut y avoir avec ma moitié. Après tout, pour avancer ensemble dans la même direction, il faut savoir faire des sacrifices. Ce fut le plus douloureux de toute ma vie. Cet allaitement me prenait tellement aux tripes, que c’est comme si une partie de moi s’en est allée, ce 18 juin 2015… 

Je n’en garde que le meilleur et c’est le plus important. J’ai la chance d’avoir un adorable petit garçon en pleine forme, intelligent, malicieux et sûre de lui. J’ai su lui apporter réconfort et sécurité dès sa naissance en répondant à chacun de ses besoins. Et je continu à le faire chaque jour d’une manière différente. Le cordon est loin d’être coupé entre lui et moi… Il veut faire le grand du haut de ses 28 mois, mais dès qu’il se blottit dans mes bras, en s’agrippant avec ses petits pieds, je sais de suite qu’il a encore besoin de moi autant que moi j’ai besoin de lui… 

En souvenir de notre allaitement, je vous partage ces clichés jamais dévoilés (pris par la talentueuse photographe Alison Bounce)

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30 réflexions sur “La dernière tétée

  1. très bel article je suis en pleins dedans j’allaite ma petite dernière de 4 mois et j’espère le plus longtemps possible !!!! pas évident la vie de couple avec les enfants et se sacrifier c’est encore plus dur …..

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  2. Ton texte est tout simplement magnifique, j’allaite mon bebe de 9 mois matin et soir et la nuit quand il se reveil j’aime le mettre au sein et sentir son apaisement.
    Tes photos sont superbe j’ai aussi eu la chance d’en faire avec une photographe

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  3. J’allaite ma fille de 7 mois et elle tête entre 4 et 6 fois dans la nuit en plus de la journée mon sein est pour elle son repère son repas … Son tout ! Quand elle me voit elle se penche pour prendre cette tétine chaude accueillante et moi avec … je suis assez fatiguée parcequ’avec 3 enfants c’est compliqué mais on tient le coup. Les nuits sont assez calmes mais l’allaitement je l’aime je le chéri c’est mon moment avec elle. Ma tête voudrait arrêter mais mon coeur ne le peut pas. L’avoir tout contre moi rien qu’à moi 😍
    Je sacrifie un peu de ma vie de couplé mais je la retrouverais et la retrouve quand même. Mon mari me soutient énormément pour ce bébé la autant pour les autres il m’a aidé au « sevrage » autant la il aime me voir continuer à allaiter notre petite dernière.
    Je te soutiens ce moment est vraiment à nous maman 😍😍
    Sinon article magnifique avec un pincement au coeur du fait que ce n’aie pas été ton choix

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    • Comme je te comprends, j’ai vécu la même chose avec un tetouilleur de compétition. J’étais fatiguée mais j’aimais trop ça, je savais que ça ne durerais pas toute la vie 😂 j’aurais voulu en effet que le sevrage ce passe autrement mais c’est ainsi. Merci encore ❤️

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  4. En voilà un joli texte.
    Ici bébé allaité presque 4mois j’ai repris le boulot mardi depuis bébé refuse le sein, la reprise du boulot à signé la fin de mon allaitement… j’en ai une boule au ventre 15mois ça fait rêver

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  5. Wahou ! J’ai la gorge serrée. Je sais tellement ce que tu ressent, ce besoin de se dévouer à ses enfants, de les couver et être fusionnels. J’ai allaité ma première fille jusqua 15 mois et nous avons arrêté tte les deux quand nous en avions eu envie. Et ma deuxieme qui a 26 mois à toujours sa tétée avant le dodo de la sieste et le dodo du soir. Je ne pourrais pas arrêter pour mon mari. Et il ne me le demanderai pas de tte façon. Ton récit me fait de la peine. Mais dans tout les cas tu n’a pas à t’en vouloir de rien du tout la belle ❤

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  6. Bravo pour cet allaitement long.Pour moi, grossesse de bébé 2 a fait stopper mes 18 mois d’allaitement et heureusement que bébé 2 était blotti dans mon ventre sinon bébé 1 de 26 mois teterait encore. Je continue l allaitement avec bébé 2 de un mois une belle aventure encore. Tes photos sont sublimes.J ai aussi de beaux clichés de mon allaitement de bébé 1 et de celui qui démarre avec bébé 2 je trouve cela si important de garder des souvenirs. Tu as trois beaux petits mecs.Chez nous que des filles.Belles aventures avec tes hommes.

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  7. bonjour mon petit garcon viens davoir deux ans le 23juillet et je lallaite depuis sa naissance je pense que sa va etre dur pour lui comme pour moi dareter cest une belle histoire que vous avait raconter il y a tres peut de personne qui allaite ou quil allaite aussi longtemp

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  8. Cela va aussi faire un an que l’on a arrêté l’allaitement alors qu’il avait un an et une semaine … mais contrairement à ton expérience, nous y étions prêts tous les deux donc forcément vécu différemment ;-)) Mais c’est vrai que pour les papas, ce n’est pas facile à vivre et à trouver leur place dans cette relation si « fusionnelle » avec nos bébés.

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  9. Joli texte et photos pleine de bonheur. Je comprend mieux avec cela pourquoi cette derniere tétée à été si éprouvante. Pour moi l’alaitement a été un carnage donc je ne sais même pas vraiment quand c’était. Mais cela m’a clairement permis de retrouver mon amoureux.

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  10. Ça va faire 6 mois que j’allaite et je ne sais pas quand je vais m’arrêter. J’image que le plus dur a aussi été de ne pas savoir que c’était la dernière fois.

    Vous êtes trop beaux sur les photos. J’aime particulièrement la dernière. Les rires en fin de tétée, j’en suis fan. 🙂

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  11. Bonjour
    J’allaite encore ma puce de bientôt 15 mois. Et c’est vrai que papa a parfois du mal à trouver sa place dans cette relation fusionnelle, d’autant que je dors avec elle et pas avec lui. J’ai essayé de dormir sans elle, je n’arrivais pas à trouver le sommeil. C’est considéré comme quelque chose d’anormal dans notre société occidentale mais ça se fait ailleurs, alors qu’est-ce qui est normal ou anormal ? Je suis mon envie. Et puis sans cela je serais trop épuisée !
    Je n’aimerais pas que mon couple soit en danger mais je ne sais pas si j’arriverais à sevrer ma fille sans en avoir envie… je ne le supporterais pas. Il faut que je sois prête… ou qu’elle soit prête. Mais rien que d’y penser j’ai une boule au ventre.
    Merci en tous cas pour ce témoignage très émouvant, tu as du courage. Les photos sont très belles aussi ❤

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  12. Bonsoir!
    Beau partage que vous nous faites là.
    Petit pincement au coeur: mon petit dernier à 25 mois et il m’ai souvent arrivé de vouloir arrêter (nuits à ne pas « dormir », tétons douloureux à force d’être sollicités, morsure pendant les période de poussées dentaire, vouloir avoir une soirée à nous et qu’à nous,…. bref tout un tas de raisons différentes 🙂 ), et à chaque fois, mon coeur trouvait une raison pour continuer. Aujourd’hui, depuis 1mois, je l’allaite uniquement la nuit (un challenge car la tété c’était son « tout » ^^) et on arrive à se dégager une nuit par mois où il est gardé par ma mère. J’appréhende déjà le sevrage, moins pour lui que pour moi…
    Du coup, je suis vraiment touché par votre sevrage et le sien, ça me chavire le coeur. Vous avez eu beaucoup beaucoup de courage ❤
    Et les photos: superbe!!<3

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  13. Comme je comprends ton besoin d’être maman louve… C’est tellement fort d’allaiter son bébé.
    Cela a sûrement été très dur pour toi de devoir arrêter de manière aussi soudaine et imposée, je ne sais pas si j’aurais supporté…
    Merci pour ce partage.
    Emilie

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  14. Je te comprends, c’est un sujet tellement délicat, on y met tellement de choses en tant que maman… Moi ça me tenait à coeur, je n’ai pu allaiter qu’un mois (bébé RGO, suspicion d’allergie, maman trop épuisée qui n’a plus de lait…) et je n’ai justement toujours pas tourné la page. Mais 15 mois c’est génial, oui tu peux déjà être fière 🙂

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  15. Pingback: La revue de presse d’A tire d’Ailes (65)

  16. Très beau et poignant témoignage 😢 Pas de jugements juste beaucoup de respect pour le papa, le petit bout et vous ! Je n’ai pas connu cela car l’allaitement n’a pas fonctionné pour ma grande. J’en suis encore boulversé. J’ai gardé les tétées d’apaisement du soir quelques semaines avec elle. C’était de très beaux moments mêmes s’il n’y avait pas de lait. Je n’ai pas voulu retenter pour ma petite dernière de 5 mois sûrement par peur de l’échec. Vous êtes une belle famille !

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  17. Très bel article et photos
    J’aurai tellement aimé avoir des photos comme ça de mes allaitements. Je n’en ai malheureusement pas et je dois essayer de me souvenir…
    Merci pr ce partage 🙂

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  18. Comme je te comprend ainsi que ton compagnon ! Ma fille a fait 1 an hier, mon mari voit comment je suis fatiguée (et oui 3 enfants aussi). Je voudrais arrêté à certains moments (la nuit est le plus pesant) mais ce lien avec ma fille … je ne veux pas le rompre elle non plus. Mais arrivera un moment où je n’aurais plus le choix mais en attendant je profite au maximum de ces instants à nous 2 💖!
    J’espère le faire en sevrage de sa part et non pas « obligation ». Après mon mari est compréhensif j’ai pas eue la chance de le faire au delà de 3 mois avec mes 2 fils !
    Merci pour ce post ! Et tes loulous sont magnifiques

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  19. Cet un très bel article et très bien écrit !
    Et tu décris parfaitement la relation mère enfant lors de l’allaitement
    Tu as fait ce qui est juste même si trop brutal et ton homme à eu du courage de faire ce qu’il a fait
    Bisous

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  20. Beau témoignage, je m’y retrouve complètement.
    J’ai allaité mon Eliott 2 ans et 8 mois … beaucoup ne comprenais pas.
    J’ai fini par arrêter car je ne pouvais pas me soigner … Mais j’avoue que c’est parfois difficile de me dire que c’est fini surtout que cela ne fait que 7 mois que cette page est tournée (mais finalement pas tant que ça, car mon Eliott réclame encore « tétée dodo maman … stp ») C’est parfois déchirant pour mon coeur de maman pleine de tendresse de devoir lui dire non et de voir qu’il a encore besoin de ce moment si privilégié !
    Il a 3 ans et 3 mois … grandit bien et nous sommes aussi TRÈS fusionnel … Arffff sa mère c’est toute sa vie ! 😊
    Je ne pensais pas allaiter aussi longtemps car pour mes 2 premiers ce fut très court (indépendamment de ma volonté)
    Car bébé 1 … décès de mon papa = perdu mon lait
    Et bébé 2 … hospitalisé et opéré en urgence pour une péritonite de la vésicule biliaire (3 semaines d’hospitalisation avec morphine) … Donc voilà, pour bébé 3, rien n’était venu perturbé cet allaitement qui était si précieux pour moi donc j’ai continué encore et encore.
    Ce fut une expérience merveilleuse et il est vrai que quand j’y pense, cela peut me rendre parfois nostalgique.
    Moi aussi j’ai immortaliser mon allaitement … De très jolies clichés plein d’amour et de douceur comme les tiennes.

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